Il me dit être si seul qu'il en vient à envier ce couple de clochards qui se tiennent par la main, joyeux de leur amour commun et avec la dive bibine.
Par Them
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Quand, au travail, tant de choses sont inutilement compliquées et, au demeurant, si peu importantes, comment ne pas envier soudain le balayeur des villes qui chaque jour nettoie nos écuries
d'Augias - mégots, crottes, papiers gras, tickets de métro, cornet de glace inachevé d'avoir été lâché par la main d'un enfant maladroit et chagrin... -, en poussant de son vert balai une eau
puissante, jaillie du caniveau, qu'oriente un bout magique de vieille moquette ?
Ce qu'il gagne est évidemment à la mesure de son travail, déduction faite du vrai plaisir qu'il y prend. Pas si mal payé ?
Par Them
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Je randonne dans le Finistère ; mon petit vélo est flanqué de ces sacoches qui vous donnent le look du routard... Elles ne contiennent que deux livres (le poids est l'ennemi) dont le
grandiose Bardadrac de Gérard Genette que je n'ai pu renoncer à emporter, quoi qu'il m'en pesât (si j'ose dire). Jamais choix ne fut plus judicieux, au sens du "kairos" des
anciens Grecs, du fabuleux moment opportun.
Je n'oublie pas ma vocation minimaliesque et je tairai donc toutes les raisons et les promesses de jouissances - elles pourraient être innombrables - qui justifient sans délai la lecture
de Bardadrac. D'autres d'ailleurs, autrement talentueux, les ont longuement dites depuis belle lurette (le livre n'étant pas si récent).
Comment ne pas s'émerveiller d'avoir lu, en attendant mon complice encore invisible à l'horizon pour quelque mystérieuse raison, la prodigieuse page décrivant la réparation d'une chambre-à-air,
juste avant de devoir m'exécuter et réparer celle qui expliquait la lenteur soudaine du complice ?
Comment ne pas crier au miracle en lisant, le lendemain même du jour où j'ai vu (avec émotion) des enfants bricoler à partir d'une bouteille d'eau minérale un moyen de faire pétarader leur vélo
comme je faisais jadis avec un bout de carton et une pince à linge, la description de cette pratique dans Bardadrac ?
Le reste, hors champ de ces minimalia, vaut joie si pure que, malgré mes promesses deux paragraphes plus haut, je vous en dis quelques mots : j'ai jubilé en parcourant la série des citations
("parfois sans guillemets") qui nourissent d'exemples ce qu'il entend par "médialecte" ("dialecte propre aux médias"), la "mauvaise langue" qui accumule "toutes les
turpitudes verbales du monde actuel" (pp. 221-274). J'ai eu une pensée attristée pour les sans-culture ignorants de l'orthographe qui ne sauraient apprécier qu'au prix d'une douloureuse
remise à niveau sa liste de mots-chimères (pp. 289-297). Serais-je journaliste que je l'apprendrais par coeur comme Constitution ou bréviaire.
"Ce livre ne pèse pas lourd, finalement", me suis-je sobrement avoué en le calant derechef dans sa sacoche... Je confie cette ultime réflexion pour revenir à mon destin de minimalieste
avec la certitude que l'on pardonnera son ambiguïté lourdingue.
Alors, quand courrez-vous l'acheter ?
J'ai suivi comme tout un chacun le débat sur les nouvelles plaques d'immatriculation qui s'est conclu par les dispositions que l'on sait sur la marque libre du département (où je vis,
dont je suis originaire, dont je veux faire croire que j'en suis habitant...), en tout petit dans le coin droit. J'ai constaté, non sans amusement, qu'il faisait rage pour un bien futile
objet alors que tant d'autres mériteraient bien davantage moitié de cette surabondance d'adrénaline. Le tout suivi naturellement avec l'indifférence de qui ne conduit pas souvent et n'a
cure de telles fariboles. Jusqu'à ce que...
Le refus de ces nouvelles plaques ne serait-il pas - même inconsciemment - porté par leur indéniable ressemblance avec les plaques des voitures allemandes, dans un pays qui n'a pas encore
totalement soldé sa méfiance à l'égard de ses voisins ? Je n'ai en effet compris qu'elles étaient entrées dans la vie du pays qu'après avoir trouvé étrange cette soudaine densité de touristes
teutons dans Paris et constaté mon erreur.
N'est-il pas une autre source de réticence dans le fait de ne plus pouvoir distinguer le proche - ami - et le lointain - menaçant -, l'espace étant aplani par ces
plaques anonymes ? Ceux qui haïssent "l'Europe" de créer avec acharnement un terne espace marchand en guise de pays doivent tout particulièrement honnir ces plaques.
En pratique, je crains beaucoup pour mon avenir de cycliste perdu sur les chemins vicinaux, quand plus rien de visible à temps ni de crédible ne me dira que la voiture qui passe est bien celle
d'un "local". Qui donc héler ? Comment savoir où aller ?
Par Them
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Ce petit restaurant de mon voisinage est d'excellente réputation. Un je-ne-sais-quoi pourtant me retient de le fréquenter, qui vient de l'annonce peinte en jolies lettres blanches sur sa
vitrine ; elle propose les choses habituelles, salades, patisseries, que sais-je, et un désolant "déjeûner" dont l'accent circonflexe (bien visible d'être rehaussé par une police de caractère
ronflante) induit chez moi un recul tenace, d'évoquer une fin de jeûne qui ne fait pas rêver.
Par Them
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C'est un petit groupe de lycéens dans la cour carrée du Louvre. Il est tôt. Le temps est agréable. Le professeur déclare en tendant l'index : "ce que vous voyez là, ce sont des
cariatides... des ca-ria-ti-des..." Je ne vois que le baillement alangui d'une élève, celle qui est un rien à l'écart du groupe.
Par Them
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