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Mercredi 7 mars 2007

Un homme âgé me disait un jour qu'il saurait qu'il est à Paris les yeux fermés, après tant d'années passées en province, s'il se trouvait dans une station de métro à l'odeur si singulière, si inoubliable.

Ce matin, je passais par la station Les Halles, me faisant la remarque que c'est une des stations où cette odeur du métro est la plus pure. Beau paradoxe, non ?

par EAp publié dans : mes-aphorismes
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Mardi 6 mars 2007

Il paraît que la physiognonomie, permet de connaître les hommes par les caractéristiques de leur visage.  Elle a donné lieu à bien des dérives, racistes notamment, pour être bientôt abandonnée, avec tant d'autres, dans les caves de l'histoire des sciences devenues fantaisies.

Tout à l'heure, j'aurais parié avoir en face de moi une anglaise et, de fait, la dame a commencé à s'exprimer en anglais... Mais, me disais-je, d'où vient que j'aie pu le deviner ? De l'allure ? du vêtement ? Certes un peu, chaque culture ayant bien entendu ses façons... Mais surtout de cette bouche dressée (comme on dresse les animaux) à se placer ainsi et non autrement, façonnée pour prononcer la langue maternelle, me disais-je !

Et voici que les langues font une sorte d'éducation maxillo-faciale et sont les ancêtres gymniques (mais éternels) de l'orthodontie, ou comment la culture devient nature.

 

par EAp publié dans : mes-aphorismes
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Mardi 27 février 2007

 

Selon que notre idée est plus ou moins obscure,
L'expression la suit, ou moins nette, ou plus pure.
Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément.

Peu de gens ignorent cet extrait de L’Art poétique. Mais combien en font ce que j’en fais ? La recette du bonheur au quotidien, qui suppose toutefois d’avoir engrangé auparavant certains ingrédients.

 

Recette de base

Ayez en réserve quelques diplômes universitaires de bon niveau, le doute en tant que méthode perpétuelle d’éveil, que vous mélangez au dernier propos résolument obscur que vous avez entendu : puisque vous n’avez pas compris, alors que primo vous êtes normalement cultivé et intelligent (ce que prouve le tampon de l’Université) et secundo parfaitement rompu à la méthode sceptique (qui vous incite à toujours supposer d’abord que vous êtes idiot et que l’autre est génial), c’est que votre interlocuteur est un abruti.

Sortez l’abruti et régalez-vous, un simple bordeaux supérieur en accompagnement. Pour consommation sans modération en face de tous les experts qui polluent vos routes…

 

Mais oyez, oyez, voici un vrai menu de fête, qui ne suppose que quelques ingrédients de plus, et il en est à foison, dont la philosophie, l’harmonie ou les mathématiques. Mettons l’Histoire, histoire de régler pour toujours un vieux et taraudant problème personnel…

Ayez pendant des années le regret de n’avoir jamais pu retenir une date (sinon Marignan, le 14-juillet…), le nom d’un roi (hormis quand même Louis XVI, peut-être Louis XI à cause des petites geôles grillagées et rigolotes dans lesquelles il enfermait ses ennemis contraints à demeurer de longues années voûtés et affamés, ou Henri IV parce qu’il était un fameux vert galant et amateur de poule au pot), ou la logique qui a conduit à la guerre de… Remuez fermement et réservez l’appareil.

Reprenez la recette de base et mêlez y délicatement cet appareil ; vous découvrez ravi, émerveillé, soulagé, béat, hilare, heureux, libéré enfin du poids de l’infamie, qu’il vous a été impossible de comprendre l’histoire que l’on vous a assénée !

Mais pourquoi ? Facile ! On a prétendu vous enseigner l’histoire de France, au lieu de vous dire tout simplement que l’on vous parlait de la création de (l’idéologie de) la France… Et voilà pourquoi ces guerres et ces conquêtes, les provinces qui composaient à chaque fois un nouveau paysage toujours moins compréhensible de nations éternelles pourtant. Même la ligue hanséatique devient lumineuse, et Dieu sait si j’ai souffert pour retenir ce moment des villes-centres qui ne voulait rien dire puisque l’Etat était l’organisation politique légitime ou, plutôt, l’unique organisation politique des peuples.

Des abrutis les professeurs d’histoire ? Pas si sûr. Comment pouvaient-ils oser dire dans l’école de la République (une-éternelle-et-indivisible) nourricière qu’elle n’existe vraiment, leur chère République, que par le moment fondateur de la conscription de 1914 et que, alors, elle était une idée résolument neuve ? Les meilleurs historiens ont dû partir le dire en confidence à des étudiants, les plus réfractaires ont dû quitter l’enseignement, les autres sont restés dans l’ambiguïté et c’est sans doute à eux que j’ai eu affaire ! Et voilà comment ils n’ont eu que la solution de plonger nos jeunes esprits dans le détail infini des anecdotes ou des alliances et, en ne nous cachant rien, de ne nous rien apprendre.

A consommer avec un bon Moulis, effet euphorisant garanti.

par EAp publié dans : mes-aphorismes
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Lundi 26 février 2007

Il est des répétitions qui lassent comme rengaine ou scie, et nos vieillards les sentent qui peu à peu décollent de la vie, n’y adhèrent plus. Point de nouveau roman, de nouvelle musique, de nouveau film, de nouvelles contrées pour leurs esprits pétris d’ennui… Déjà vu, déjà investi, déjà compris, à quoi bon... Pourtant certaines permanences sont comme hirondelles ou perce neige, message de vitalité, promesse du retour rassurant du même élan à vivre ; ce matin, je voyais en passant un troupeau d’étudiants, en l’occurrence de médecine, fumant leur cigarette entre deux cours, hirsutes, cheveux longs, jeans crasseux, plus " étudiants " que jamais, les mêmes que ceux de 1968, 1980, ou de l’année qu’il vous plaira d’évoquer, réplique éternelle de ce moi ancien qui naguère occupait leur place, respirant le désir, la vie, la découverte émerveillée du monde. Et ce fut une vraie bouffée d’air pur malgré la fumée du tabac !

par EAp publié dans : mes-aphorismes
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Mardi 20 février 2007

Difficile, vraiment difficile de tenir sa promesse : ne jamais parler de l'élection présidentielle - on ne parle que de ça - surtout lorsque la candidate répond le jour même à mon articulet (hier) pour dire combien tout se tient et le tout à l'école.

Me lirait-elle ?

ô suffisance... (joke)

par EAp publié dans : mes-aphorismes
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Lundi 19 février 2007

On ne dira jamais assez que l’école apprend, outre les choses que l’on ne savait pas, la vie, tout simplement !

Pour être plus exact, elle sert, sans s’en vanter d’ailleurs et assurément sans y penser, d’école pour la vie, mais la vie quotidienne, la vie crasse, la vie dans sa banalité, la vie au travail. Elle apprend tout, elle est  manuel de savoir vivre et traité des passions. Elle forme à tout, des petits arrangements que l’on fait sous la table, pour tromper son monde, aux pires escroqueries. Elle apprend les relations amicales et cruelles de cour de récréation, elle donne leur goût amer aux dimanches soirs (ces moments où il fallait apprendre les leçons, finir les devoirs et préparer le cartable qui pourrissaient la fête du dimanche, comme aujourd’hui la note pour le directeur que j’ai à finir, merde de merde…). Etc.

Si j’ai raison (témoignez !) l’école promet aussi un avenir durable à quelques gadgets que les nouvelles technologies et autres miniaturisations permettent ; j’ai vu (et c’est le prétexte de cet articulet) que l’on peut stocker jusqu’à deux films sur un lecteur en forme de montre ; l'écran aurait un rendu couleur magnifique… Les regarde-t-on sous son bureau au travail ? réserve-t-on au RER / métro / tram / bus cette possible distraction de l’ennui d’être en heure de pointe debout et serré comme sardine ? Je parie pour la première hypothèse, la seconde ne donnant pas les conditions d'un fauteuil mental.

 

par EAp publié dans : mes-aphorismes
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Jeudi 1 février 2007
Note d'humeur : les hordes de travailleurs fumeurs qui ne veulent pas arrêter de fumer et se regroupent dans les endroits réservés aux fumeurs, terrasses, jardins, cours, pieds d'immeubles, sont autant de gens humiliés et honteux poussés dehors par la tyrannie anti-tabac ; comme ils empestent ces lieux qui ne sont pas interdits aux non-fumeurs (lesquels ont tous les droits), comme ce sont même souvent des lieux où ces derniers sont obligés de passer, je gage qu'il va bientôt s'élever une revendication supplémentaire, soit pour créer des lieux de passage abrités, soit pour interdire aussi ces lieux-là aux fumeurs... Bientôt ne pourront être fumeurs que des "bunkers" ventilés (dont l'air sera filtré et retraité avant d'être rejeté dans l'atmosphère), bientôt les immeubles d'habitation aussi seront interdits aux fumeurs (pour cause de circulation du même air entre les appartements, via leur circuit de ventilation), bientôt nous serons tous enfin "normaux". Mais de quoi allons-nous mourir désormais ? (à moins que nous soyons par la vertu de cette interdiction devenus immortels enfin ?) Quand nos ayatollahs auront-ils la même sollicitude à l'endroit des pots d'échappement qui empestent ? J'aurais préféré une méthode d'élégance, douce et intelligente, qui reconnaîtrait l'intérêt de réduire les causes qui poussent à se "droguer" , l'intérêt aussi de s'emparer de soi pour agir contre ce qui rend malheureux, "addict", pauvre, triste, stressé, accompagnée d'une lutte "publicitaire" qui tuerait à petit feu les images valorisantes du tabac ; j'aurais aimé que l'on me dise pourquoi le dernier plaisir du condamné à mort est sa dernière cigarette. Tout ceci n'est que culture me dit-on, habitudes mauvaises nées d'un siècle irresponsable où le tabac n'apparaissait pas dans toute son horreur mortelle, et qu'il suffit de les éradiquer. J'aimerais savoir pourquoi les hommes ont tant besoin de protections, illusoires certes, contre le mal de vivre.
par EAp publié dans : mes-aphorismes
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