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Mercredi 18 octobre 2006
Elle regarde, indolente, le paysage défiler par la fenêtre. Le bus roule. Ses mains sont appuyées négligemment sur la poignée de la poussette où l'enfant, invisible et blotti, dort. Soudain, un vagissement et son corps s'est tendu, projeté vers le bébé, au même instant, avec une énergie, une attention, une vivacité, une tension sublimes. Arrachée à sa rêverie, toute entière elle s'est apprêtée à donner, sans frein, sans recul, sans rien retenir. Elle a simplement donné une têtine. Mais qu'importe. C'était un instant magnifique, une photographie révêlant l'instinct maternel, la louve, la tigresse, si pur !
Par EAp - Publié dans : Choses vues
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Samedi 14 octobre 2006
Difficile naturellement de résister à l'attrait des faits divers les plus "rares" et, récemment, à la "réapparition" de cette Natascha Kampusch échappée de l'histoire de Wolfgang Priklopil. Ce n'est certes pas banal d'avoir vécu entre 10 et 18 ans dans un pavillon, la plupart du temps dans une cache aménagée en sous-sol. Encore moins banal sans doute de revenir aussi rayonnante et intelligente de l'outre tombe de son enfance détournée. La curiosité publique est ainsi bien compréhensible. Mais tout compte fait, le plus fascinant n'est-il pas leurs noms de personnages de romans ? Je ne vois que Duras pour avoir inventé des noms aussi "justes", telle l'Hélène Lagonelle de l'Amant. Ce nom colle, chante, s'ajuste aux plis de la mémoire et demeure, souverain comme vérité d'évidence. Il est celui de toutes les amies d'enfance, pure nécessité. Natascha Kampusch et Wolfgang Priklopil sont tout aussi "justes".
Par EAp - Publié dans : mes-aphorismes
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Lundi 9 octobre 2006
Il y a eu récemment HB (human bomb) ; mais qui se souvient de HM (sans lien avec H&M d'ailleurs...) ?J'entends les doctes dire que HM est un homme précieux et célèbre, quoique connu par ses seules initiales. HM est le patient opéré en 1953 par un neurochirurgien qui tentait de le guérir d'une épilepsie pharmaco-résistante. La science médicale lui doit une somme de connaissances considérable, j'y reviendrai. Le brave HM a subi l'ablation des deux hippocampes (je ne sais pas ce que c'est, sinon que c'est dans le cerveau, et je m'en moque ; je sais que cela ne nage pas dans les courants marins comme ceux au milieu desquels j'ai cru me baigner enfant ; ces hippocampes là, chevaux marins, je les ai si fort fantasmés, que je revois encore aujourd'hui mon bain au mileu d'eux sans savoir si je les ai jamais approchés en réalité autrement que séchés, comme piteuses étoiles de mer dans les boutiques de "souvenirs de la plage" ; mais je reviens au sujet du jour). Et donc privé de ses hippocampes, HM est revenu guéri si l'on veut ; de l'épilepsie certes, disparue, mais aussi désormais de mémoire "antérograde". Tout ceci pour dire que cette grave "erreur" médicale a créé un très grand amnésique pour la vie et a permis aussi à la médecine de découvrir peu à peu toute la complexité de la mémoire, les zones de remplacement des fonctions lésées et toutes sortes de choses très compliquées. J'en retiens simplement que HM a été sacrifié sur l'autel de la recherche, sans d'ailleurs que le chirurgien l'eût souhaité, et qu'il a ainsi permis les plus grands progrès dont moi par exemple je bénéficierai sûrement un peu quand l'Alzheimer galopera... Avec tout cela, je me retrouve doté d'un chaos de bonnes idées : les hippocampes nagent dans le cerveau, la mémoire s'enfuit et les erreurs médicales sont heuristiques. Je n'ai pas bu. Je jubile seulement de penser que la plupart de ceux qui préfèrent une application stricte du principe de précaution nous privent probablement de la poésie, bien sûr de la mort, mais aussi de la splendeur redoutable des inventeurs tatonnants. Et ce mélange me dit que l'enfance de l'humanité est derrière nous et que notre âge adulte manque de folie, et aussi de goût. Je suis détestable sans doute...
Par EAp - Publié dans : mes-aphorismes
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Mercredi 27 septembre 2006

Moins par coquetterie que parce que l'odeur d'oreiller-de-vieux-garçon caractéristique de l'intérieur d'un casque est quasi insoutenable, j'ai un jour préféré ne plus jamais en porter et j'ai ainsi cessé de me déplacer en moto. Aujourd'hui cheveux au vent je pédale... Il y a bien des conseillers pour me presser d'acquérir un casque ; sans pour autant passer à l'acte, j'ai tendance à leur donner un peu raison. Le danger rôde...

En montagne, j'ai un peu peur : comment grimper un col, ahanant et suant, et ne pas se faire harponner en prime par l'un de ces pressés du tourisme, ivres de congés, agacés par la marmaille vomissante au fond de leur voiture ? En ville j'ai beaucoup moins peur : il suffit d'avancer avec la prudence du sioux, quitte à préférer l'illégalité quand elle est plus protectrice. [il y aurait beaucoup à dire aussi sur le code de la route en vélo, mais je m'éloignerais de mon propos].

J'ai trouvé une solution, à l'instinct, dans mes matins pédalants, pyrénéens ou alpins : dès que s'approche un moteur, je commence à osciller sur la route, à manifester une réelle instabilité et à paraître ressentir une telle fatigue que ma chute semble imminente. Et cela marche ! Mes "huit" laborieux ralentissent les moteurs, la distance de sécurité s'accroît ; on ne me dépasse qu'en condition royale pour ma sacro-sainte sécurité.

J'apprends qu'à l'aide d'un capteur à distance et d'un ordinateur embarqué sur son vélo, un psychologue a pu enregistrer 2500 dépassements de voiture, dont la moitié alors qu'il portait un casque, l'autre alors qu'il était tête nue. La conclusion est sans appel : les conducteurs prennent beaucoup plus de précautions si le cycliste n'a pas de casque et donc que "la marge est fonction de son aspect extérieur". Ses travaux seront prochainement publiés dans la docte revue "Accident Analysis and Prevention".

Comme le psychologue croit devoir être politicallly correct , il ne manque pas de préciser que son test n'a pas de sens pour les enfants qui, dans tous les cas, doivent porter un casque, même si le port du casque "rend aussi une collision plus probable".

Enfin, cela fait toujours plaisir de savoir qu'on a de l'intuition...

Par EAp - Publié dans : mes-aphorismes
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Lundi 18 septembre 2006

"Rions ensemble de ces couillons qui possèdent le monde."

Leopardi, Zibaldone

Par EAp - Publié dans : mes-aphorismes
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Dimanche 17 septembre 2006
Choses vues, ou plutôt choses à voir... A qui aime vraiment les gens, et regarder les gens, rien de tel que le grand escalier mécanique ("scala mobile" comme disent si joliment les italiens) qui remonte, du gouffre sombre du RER, aux Halles, une foule bigarrée venant des banlieues, le samedi après-midi. Des visages indolents suivent des couleurs violentes, cheveux dressés par le gel en formes improbables ; la densité des ennuis, des désirs, de la bêtise ou de l'intelligente pétillante s'y croisent et entrechoquent inlassablement. Mais comme certains jours sont particulièrement productifs, j'ai trouvé hier un autre lieu : mettez-vous négligeamment, bras chargés de fringues, dans la queue pour les cabines d'essayage de H&M ou équivalent un jour de presse ; vous aurez tout loisir de regarder vos-semblables-vos-frères qui sont tendus vers l'attente de la cabine enfin libre, et imaginent (pour patienter) l'allure qu'ils auront dans ces fringues ; en clair, ils s'ennuient mais ne regardent rien, ils sont en eux-mêmes, repliés, parfaits objets pour moi qui peux les dévisager sans crainte de les importuner. L'idéal : trouver une file de ce genre, en lumière du jour, faite d'habitants ordinaires de la ville ordinaire d'un samedi ordinaire, et pouvoir photographier discrètement du coup tous les visages qui accrochent le regard, montrer ce qu'est la France aujourd'hui, à quoi en rien les media ne préparent. Une merveille d'altérités entremêlées, qui renvoie les "bien-pensances" à leur ringardise, leur archaïsme et leur mesquinerie. Méditation utile pour présidentiable...
Par EAp - Publié dans : Choses vues
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Samedi 16 septembre 2006
Le débat fait rage sur la carte scolaire, hypocrisie connue. On va bientôt nous faire croire que c'est le problème et le vrai débat. Ce que je vois, c'est que la machine scolaire est empoisonnée de s'être trop réfléchie et pas suffisamment projetée. Une analyse confisquée par les corporatismes qui ne voient pas le bateau couler mais ânonnent, s'exhibent et jouissent sur Le bateau ivre qu'on écrit quand on est celui qui dit qu'on-n'est-pas-sérieux-quand-on-a-17-ans. Je viens de lire le blog d'un gamin génial, de 17 ans justement, divinement torturé de toutes les pensées de son âge, cultivé comme personne de son âge et que personne dans l'éducation nationale ne sauvera. Il devrait prochainement préparer un quelconque CAP de mécanique ou de menuiserie, parce qu'il sera mieux là qu'en terminale scientifique où il devrait entrer. Son patron peut-être le sauvera, pas ses maîtres... Ce gâchis-là rend malade... Je n'ai rien contre le travail manuel, sauf qu'il est décrié, renvoyé à l'usage des rebuts de l'éducation, rendez-vous des échoués, pauvres vies que nul ne comprend. Ce gamin-là, c'est tous les gamins d'aujourd'hui et notre avenir piétiné : ébourriffant d'intelligence et de grâce, passé au laminoir des normalités triomphantes qui nous empoisonnent la vie. Et on ôse prétendre qu'ils sont notre avenir, qu'ils doivent être l'objet de toute notre attention... et que "l'éducation, tout est là" (voyez les blogs politiques). QU'est ce qu'il attendent, les profs, pour les aimer, les aider et les faire bosser ces petits ? Qu'on les fusille de haine et de rage comme encore récemment du côté du Québec ? Je ne sais pas quelles sont les motivations du meurtrier de ce fait divers, je sens qu'elles pourraient bien avoir un rapport avec le gâchis.
Par EAp - Publié dans : mes-aphorismes
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