Il m'arrive de concevoir des minimalia si
minimaliesques que le silence suffit.
Je suis myope. Ceci explique une toute petite partie de ce qui va suivre.
J'aperçois ce matin, d'assez loin, un homme, sihouette longiligne, élégant, vêtu de noir, un petit bout de col blanc affleurant seulement au niveau de son cou, un air sage, comme attentif, qui
fume discrètement une cigarette. Aussitôt me voilà l'imaginant curé. Pas parce qu'il fume, bien entendu, mais à cause de ce petit col blanc qui émerge et que je prends (myopie aidant)
pour le col traditionnel du prêtre... L'instant d'après, j'écarte vivement l'hypothèse : ce ne peut pas être un curé, puisqu'il fume ! Pourquoi les curés ne fumeraient-ils pas ? Parce
que c'est mal ? Mais est-ce mal de fumer ? C'est seulement interdit (presque partout), par la loi ! Je raisonne donc comme un pied...
Quoique.
Les curés, même prémunis par leurs études, confondent sans doute comme tout le monde ces deux sources d'obligation (la loi, la morale)... Et d'ailleurs, me dis-je, n'ont-ils pas un
intérêt à cette confusion ? Car enfin, si je me mets un instant à leur place, si (!) j'étais curé, sachant que pour être curé on n'en est pas moins homme, ce serait bon de transgresser
de temps en temps une règle, on en connaît qui en transgressent (régulièrement) d'autrement impérieuses, surtout que, à snober une réglette comme celle-là, que risquerais-je ? Quand même pas
l'enfer éternel !
Au total, je m'embrouille, je ne sais plus si ma dénégation spontanée (ce ne peut pas être un curé) est vraie ou fausse. Il faudrait une enquête pour connaître la proportion de curés
fumeurs ; sauf que, pour trouver un échantillon représentatif (et encore), il faudrait une enquête exhaustive ; mais la rigueur scientifique est coûteuse. Et l'affaire ne vaudrait pas la dépense.
Et c'est ainsi (il n'était que temps) que j'ai franchi le seuil de ma demeure professionnelle, où personne ne peut imaginer quelles idées j'ai agitées sur le chemin. C'est heureux pour ma
réputation non ?
Par Them
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Je n'insiste pas sur les causes de l'obésité, qui conjuguent l'interdiction de boire ou de fumer et l'angoisse existentielle (comme
ils disent). J'y ai souvent fait allusion.
Quand même : ce fléau de santé publique bien identifié par l'OMS pour le XXI ème siècle est aussi et surtout le résultat de l'activité de lobbies puissants. Banalités ? Certes. Quand même :
allez au Canada, dans le Canada profond, et regardez autour de vous. Partout des obèses. Et par hasard ayez la migraine. Cherchez une pharmacie. Trouvez-là, entrez, et méditez.
Premier rang de consoles : toutes les sucreries de la terre ; deuxième rang de consoles, même chose. Avancez, avancez, vous oubliez bien vite que vous êtes dans une officine, vous vous croyez au
supermarché. Et puis tout au fond, là où chez nous sont stockés les packs d'eau minérale, une "arrière boutique" sans grâce ni attraits reçoit vos ordonnances ou vos doléances.
Le "
pharmacon", en grec, signifie : 1. poison, 2. remède.
Finalement, j'aime bien l'efficacité pratique nord-américaine : inutile de courir, tous les poisons et tous les remèdes sont au même endroit ; j'aime bien aussi sa franchise : elle affiche toute la
condescendance du droit pour les firmes dont je suis - si je n'y prends garde, ou si je suis pauvre -, le rouage utile, et tout le reste n'est que balivernes.
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Par Them
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Le bon code de la route se réduirait à une seule phrase, pour les cyclistes citadins :
Connais les règles des autres - motorisés - mais donne-toi tous les droits pourvu que tu te conduises à chaque instant comme un piéton (en danger) qui serait respectueux avant tout des piétons et
de tout ce qui y ressemble (les autres cyclistes par exemple).
On pourrait griller les feux imbéciles (saufs si l'on est sourd, il est vrai, car le cycliste se dirige au bruit, ou mal voyant mais dans ce cas est-on cycliste ?).
On roulerait sur les trottoirs lorsque le pavé est trop violent.
On se pétrifierait à la vue d'un enfant, attendant qu'il ait vu le danger et rejoint l'abri de la main protectrice, on marcherait dans les rues bondées de touristes (les Francs-Bourgeois le
dimanche), on prendrait les sens interdits lorsqu'ils sont vides; on ferait en somme ce que je fais, mais peur au ventre qu'on ne me verbalise sous prétexte que des règles stupides (comme ligne
Maginot) exigent que je me comporte en motard ou chauffeur, ce que je ne suis en aucun cas, mes genoux et la sueur qui perle quand je file vers Montmartre en témoignent.
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Par Them
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Promis, je ne vous bassinerai plus avec Deguy, c'est triste pour vous si vous ne lisez pas Le sens de la visite, mais qu'y puis-je (j'ai fait ce que j'ai pu) ?
Quand même :
"L'homme est mortel, dit le syllogisme. La maladie de la mort est inguérissable, en dépit des progrès de la génétique et de la Sécurité sociale. Chacun s'en avise. La scopie générale
(surveillance des banlieues, prévention médicale, couverture universelle), la vidéovigilance, informe les populations jour par jour de cette endémie. On meurt même en Pyrénées-Atlantiques, en
Haute-Loire, en Lozère. Des cas sont signalés dans les Ardennes. L'affolement gagne, malgré les budgets croissants de publicité pour le beau temps, la longévité du quatrième âge, Mercedes.
Les beaux jeunes gens des magazines tapissent en vain nos vitrines. Un milliard d'obèses (nous dit l'OMS) grossissent derrière les kiosques.
Le mécontentement gronde vers les politiques, qui ne font rien de sérieux contre la violence en récréations, l'amiante, les clandestins, le lisier breton, les acides. Tout ça finira mal.
Le poème commencerait par
L'âme est un corps étranger dans le corps
Et se terminerait par
On s'était bien habitué à vivre."
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Je croyais qu'on allait peut-être un jour s'envoler comme oiseaux voguant vers des horizons sans retour et voilà que nous courons le risque de râler et de nous écrouler comme porcs dans
leur fange. Quand surgira l'inévitable prophète hurlant que nous méritons bien ce châtiment divin (forcément divin, car Dieu n'est amour qu'entre les catastrophes, sinon il est
vengeur), qui sera surpris ?
Par Them
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