Je lis Une histoire de la violence, de Robert Muchembled, et voilà que ce livre fait surnager un souvenir enfoui, mais toujours vif, datant de ce jour bien lointain où j'ai
compris l'invention de l'enfance dont parle justement Muchembled, construction culturelle et sociale qui ne correspond pas autant qu'on le croirait / voudrait à la "nature".
Je me rappelle soudain cette toute petite fille, assise sagement sur le siège enfant du caddie de supermarché que pousse sa mère. Elle a tout au plus deux ans, un
regard stupéfiant.
Gorgone ? Non, la stupeur est de voir qu'elle a l'oeil de qui a - déjà - tout et parfaitement compris. Adulte.
Je ne la reconnaîtrais pas. Mais ce regard !
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Dans le métro. Par hasard, je l'ai pris très régulièrement ces temps-ci. Et jubilant de pouvoir lire Le sens de la visite, de Michel Deguy. Facile à lire, petits paragraphes, courts
chapitres, dictionnaire de la littérature et de la vie. Difficile à lire, par la somme de mots savants nichés dans la moindre de ses phrases.
Las... Comment lire dans le métro ? Lorsque : hordes de touristes, "allô" tonitruant leurs "téous", nous comme sardines pressés, lorsque "veuillez patienter", "attention à la marche en
descendant", bruit, bruit, bruit.
Je me lasse. Mais je tiens la sortie : mon petit vélo rouillé qui me promène sur mes chemins laborieux si j'en ai le courage. Et je vais l'avoir, car trop c'est trop. C'est en tout cas ce que je
pense nonchalamment en attendant l'improbable moment de silence.
Soudain, derrière, l'accordéoniste : je ne le vois d'abord pas. Je vois devant moi un homme aux oreilles réglementairement flanquées d'écouteurs qui se met à l'invectiver, à crier qu'il n'en peut
plus, qu'il en a marre, qu'il n'entend pas sa propre musique, même si le son est "à fond", à cause de ces musicos de merde qui empoisonnent sa vie transhumante.
Sidération. Chacun retient son souffle. Quelques secondes, l'accordéoniste en fait autant. Mais il se lance bientôt. Il faut bien vivre de La vie en rose quand la vie ne l'est pas.
L'homme fulminant change de wagon à la station suivante, bien vite arrivée (comme toujours).
A quand les hurlements que je rêve ? "Taisez-vous tous les téous parlez-vous donc vous vos
voisins !" On pourrait enfin sourire, se mêler à la conversation courante, peut-être ne serait-on plus condamné au choix entre ricaner ou souffrir l'indécence
infinie des allôs.
Et ceux qui voudraient augmenter la fréquentation des transports en commun, pensent-ils à ces pollutions ?
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Il se promène dans la cour carrée du Louvre, vieux, courbé, flanqué de sa femme visiblement plus dynamique (comme souvent). Dans le dos de sa parka, un des nains (de Blanche Neige) : Simplet ?
Quel aveu !
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Je ne regarde presque pas la télévision. Je l'écoute pourtant un peu tous les jours. De temps en temps cela suscite ma curiosité (même malsaine, surtout malsaine ?) : je veux voir. Je vais
voir.
Mais je ne vois rien.
De moins en moins.
Enfin presque.
Des murs, des rues, des couloirs, de l'agitation, des poursuites, sur fond de cris ou de chuchotements. De plus en plus de protagonistes sont "floutés" : le passant - il pourrait faire jouer son
droit à l'image -, l'enfant - Dieu doit rester invisible et l'enfant est plus que roi désormais -, le flic - il ne souhaite pas être reconnu par ses futures et professionnelles proies-.
Parfois, dans les talk shows, certains se montrent sans être visibles : ils portent d'énormes et ridicules lunettes de soleil, une perruque improbable... pour avouer qu'ils ont été
violés, qu'ils mênent une double vie, qu'ils sont des escrocs...
Pourquoi regarder la télévision ?
Par Them
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De longue date je cherchais comment dire élégamment (si possible) ma détestation des mots croisés.
Naturellement, cela ne serait pas si j'avais l'esprit vif, intelligent, une longue habitude de cette distraction, une fréquentation assidue des beaux esprits qui les construisent (Pérec entre
autres), une familiarité suffisante avec la culture cruciverbiste.
Mais j'ai tenté mes premiers mots croisés adulte.
Ah les mots croisés pour débutants ! Il en est une hilarante description dans Bienvenue au club (de Jonathan Coe), par exemple. Il décrit un pauvre néophyte qui se heurte aux parois
étriquées de son esprit inculte et ne parvient à rien, tandis que le lecteur (même moi !) fulmine devant ses hésitations inexcusables.
Mais rien qui justifie ma détestation, dira-t-on !
C'est sans compter la gymnastique exigée du débutant (que je fus et demeure) qui doit s'exercer à associer définition et mot, péniblement, en croisant et recroisant les idées linéaires ou
orthogonales que la définition suggère. Toutes ces associations tirent l'esprit, le forcent vers la médiocrité du jeu de mots de base. Forcément de base, puisqu'on débute.
Et alors ?
C'est Pierre Leyris qui donne la réponse : "Les calembours lui causaient un violent dégoût. Les contrepèteries, même drôles, le mettaient mal à l'aise. Au fond, tout jeu de mots gratuit,
même bénin, était pour lui un sacrilège inavoué à l'encontre du Verbe."
Jouer avec les mots et leur sens, aplatir comme crèpe le halo de leurs sens, je ne peux pas. Je me sens sale. Comme de honte. Un vrai chemin de croix ! Et rien à faire, je ne parviendrai pas
aux sommets des mots croisés par l'élite...
Entre adoration de l'irrespect d'un écrivain qui, détournant les mots de leur usage ordinaire, crée par d'étranges associations des images inouïes (Céline !) et complicité de sacrilège avec un
auteur de mots croisés, j'ai choisi.
Contrairement à ce que l'on aurait pu imaginer, ma détestation n'est pas affaire de paraître même si - en outre - bien des cruciverbistes sont presbytes, portent des baskets et des cheveux
frisottés qui vont bientôt virer au mauve...
Ce n'est pas à des lecteurs assidus de la toile que j'apprendrai le sens du mot "newsletters". En revanche, parmi ces derniers, quelqu'un pourra-t-il me dire ce que signifie
(encore) le mot "hebdomadaire" depuis que "newsletters" existe ? Et, pour le même prix, ce que veut dire "quotidien" ?
Quoique peu amateur d'hebdos, je pensais pouvoir en connaître les principales manchettes, comme radin en foire et comme mine de rien. Et voilà que l'Express et le Point m'abreuvent de
leurs newsletters tous les jours. Autant dire que ces hebdomadaires sont des quotidiens ! Dans le même temps, plus perfide, mon quotidien favori reprend
dans sa newsletter, plusieurs jours d'affilée, les mêmes articles (ceux du fond de sa cale), sa livraison quotidienne de nouvelles (vraiment) fraîches en étant d'autant allégée...
Le ciel fasse que l'unité de mesure ne devienne pas cette nano-seconde qui semble tout engloutir tel un trou noir et que la contraction du temps en reste là. Je m'accommoderai du petit vertige à
condition que ça s'arrête...
Par Them
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Là d'où je reviens, le panneau
"Fourrière"
précise, sous ce mot et en plus petits caractères,
"Zébus, chèvres, moutons".
Ce qui ne signifie pas que les chats n'errent pas. Ils sont comme des fils, minces et innombrables. Les chiens ? J'en ai vu très peu...
Mon appareil photo était déjà dans la valise, stupidement.
Par Them
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