Je regarde un homme gros, gras et moche qui inspire comme en urgence, devant un bar, la fumée d'une cigarette ; il grelotte et semble malgré le froid se cramponner à ce qui le soutient,
inhaler ardemment les moyens de sa survie ; il m'apparaît soudain minable.
Je me vois dans ce miroir.
Est-ce le sens esthétique qui me fera cesser de fumer ?
Par Them
-
Publié dans : Choses vues
2
-
Recommander
C'est l'hiver. Il faut donc chauffer les terrasses pour permettre aux fumeurs de n'être pas trop dans l'inconfort malgré une réglementation draconnienne. Cet hiver, particulièrement rigoureux, a
donné de l'inventivité aux bistrotiers : comme les terrasses, même chauffées, sont désertées, ils ont fait glisser discrètement des parois translucides coupe-vent autour des terrasses, ils les
ont solidement fixées et maintenant proposent aux fumeurs un abri (ni pluie, ni vent, ni froid désormais pour châtier le vice) ; et les garçons hument les émanations nocives tout autant qu'à
l'époque où fumer n'était pas un crime. Et nous voilà au rouet.
Je suppose qu'il y a une faille dans les textes : de celles qui permettent aussi d'installer un logement théoriquement déplaçable mais jamais déplacé sur les terrains "inconstructibles" ? En
attendant, où est passée la réglementation ? Evanouie ? Reléguée par le bon-sens à sa place : au rang des âneries ingérables ?
Par Them
-
Publié dans : Choses vues
0
-
Recommander
La saison fait le marronnier : nos journalistes nous abreuvent en ce moment de reportages sur la misère des sans-abri lorsque les températures tangentent les abîmes. L'un d'eux fait parler un
homme dont seule la tête bouffie apparaît, par la petite fente ménagée dans sa tente de fortune, au bois de Boulogne : "je ne sais plus, dit-il, quel jour on est, où je suis, tout
est supendu, il fait froid, je suis froid, j'ai froid, rien d'autre. "
Le lendemain, près du métro, un de ces sans-abri est entortillé dans une couverture, coupelle mendiante devant, radio derrière qui crie les infos, évoque les manifs des étudiants, la guerre
d'Israël, ces infos que distillent d'habitude mes baffles alors que mon café fume, dans le doux cocon qui me sert de hâvre et d'où je me tiens au courant pour savoir où je suis ; et c'est soudain
surréaliste de voir cet homme, emporté par le désastre qui lui aussi se "tient au courant".
Par Them
-
Publié dans : Choses vues
0
-
Recommander
Ils donnent fièrement des leçons de ski à leurs enfants qui s'écroulent régulièrement, d'abord sous les insultes (Tourne ! Lève la jambe je te dis ! Bon sang mais tu ne comprends rien ! C'est
pourtant facile ! Regarde les autres, ils tournent eux ! Regarde papa ! Allez, suis papa ! ) puis dans la neige (où ils pleurent à chaudes larmes, les jambes entremêlées), et enfin sous les
bravos du papa qui le relève (Papa est fier de toi ! Tu es un champion. Bravo Maxime, Bravo Jules, bravo bravo bravo),
Ainsi va le monde : toujours devoir progresser, et recevoir enfin le prix de ses efforts quand l'échec est patent. Qu'y comprennent ces petits ?
Par Them
-
Publié dans : Choses vues
1
-
Recommander
Le 29 juillet de cette année (date glorieuse jusqu'ici en raison de l'avènement de la monarchie dite de juillet, en 1830), le journal Le Monde annonçait, relatant des propos de la BBC, que deux
poils (respectivement 33 mm et 44 mm de long) pourraient être attribués au yeti et qu'ils allaient faire l'objet de tests ADN.
Je suis sans nouvelles, à attendre le résultat, sous le coup d'une impatience non feinte et d'abord je l'avoue parce que le bout de journal découpé commence à jaunir (c'est laid) ; et je tremble
car ce pourrait être aussi des poils de scrotum de chèvre (les indiens ont déjà fait le coup à un naïf). Se rend-on compte ?!
Mais c'est qu'il y a aussi une délicate question : si c'étaient des poils de yéti, ils seraient d'abord des poils non identifiables. Comment donc saurait-on que ces poils sont des poils, que
j'imagine de barbe, arrachés par quelque intrépide, de yéti ? ("Tu ne me chercherais pas si tu ne m'avais pas déjà trouvé" grommelle à mon oreille le Seigneur. Olé !, dis-je)
Je n'en peux plus d'attendre.
J'ai quand même appris au passage que le "yéti" (ainsi nommé au Tibet et au Népal), c'est le "bigfoot" aus USA, le "sasquatch" au Canada, le "yowie" en Australie, le
"mapinguary" au Brésil, le "sajarang jiji" en Indonésie. Presque aussi répandu que les poules, cet inconnu ! Ce dernier paragraphe uniquement pour que vous n'ayez pas eu la
désagréable sensation d'avoir perdu votre temps en me lisant.
Peut-être aussi pour compatir à l'horreur d'être un journaliste quand il ne se passe rien (qui du moins pense-t-il puisse intéresser des lecteurs morts d'ennui sur les plages).
Par Them
-
4
-
Recommander
Entre le T9 et moi, divorce dans l'air. Car pour écrire un SMS c'est (pour moi) au choix :
- ou bien m'élancer... et le T9 "suggère" dès mon troisième mot un mot qui jamais n'est celui que je voulais écrire et sinon abandonne en me demandant "d'ajouter au
dictionnaire" ce que je veux ;
- ou bien taper en gestes frénétiques "abc, a, pqr, ghi, a, t, ghi, d, de" par exemple, soit 18 tac tac tac consécutifs pour un misérable mot de 9 lettres, et imaginez ma tête après la rédaction
d'un message de mon cru, concevez mes doigts passés au shaker, plaignez mon hébétude de n'avoir plus en tête que les saccades "wxyz" "pqrs" etc. et surtout, surtout, compatissez à mon
exaspération de ne jamais savoir m'arrêter à temps pour que ce soit un "?" et non ce "!" inscrit trop tôt (ou trop tard) ;
- ou bien chercher comment traduire en langage T9 (horresco referens) les subtils linéaments de ma pensée. Mission impossible ; ça jamais, il y a des
limites.
PS. Je postule que chacun connaît le T9, ce mode d'écriture des SMS qui "prédit" les mots que l'on veut écrire à l'aide d'un algorithme affiné par chaque appui successif sur les touches du
téléphone.
Par Them
-
Publié dans : L'envie du jour
2
-
Recommander
Dimanche 30 novembre 2008
Elle marche tranquillement, poussant une voiture d'enfant quelque peu vieillie mais de bon goût. Ses jambes épaisses, son allure de grand-mère, je ne sais quoi dans la position de la
poussette me font lever des yeux curieux sur l'enfant, un chien, vautré, genre poil bouclé, blanc gris, taille deux trois ans, âge visiblement canonique, qui regarde droit devant.
Par Them
-
Publié dans : Choses vues
1
-
Recommander