C'était mal parti : j'étais (une fois de plus) dans le train, mais sans réservation, donc debout, après paiement d'une surtaxe.
J'allais en contrepartie avoir mille occasions de regarder le monde (et il n'en manquait pas) en alternance avec Le Monde (et ma pile en retard m'impressionne).
Cela pouvait donc s'arranger !
Las ! Un fâcheux a cru bon de me reconnaître et de m'entreprendre. Nous rentrions du même congrès. C'est fou ce qu'il pense et combien mes réserves de politesse sont immenses.
Je n'ai rien vu du monde, et ma pile de journaux est intacte.
C'est mal arrivé.
Il y a des jours comme ça...
par EAp
publié dans :
mes-aphorismes
1
recommander
Ce n'est pas parce que je reprends mon souffle que je dois laisser mes lecteurs à jeun. Devant ces quelques extraits du
Journal de Jules Renard, datant de 1892, 1906 et 1907, qui ne patienterait d'aise ?
"Il est sourd de l'oreille gauche : il n'entend pas du côté du coeur."
"Moi aussi, j'ai mes brusques changements de temps et mes longues périodes de sécheresse."
"A considérer les appétits bourgeois, je me sens capable de me passer de tout."
par EAp
publié dans :
mes-aphorismes
0
recommander
Cela bavarde, papote, chante et criaille insupportablement ce soir à la TV entre deux coupures de publicité, comme tous les soirs sur toutes les chaînes.
Ou presque.
Car sur Arte, est diffusé un documentaire d'un sidérant culot intitulé Le grand silence : les téléspectateurs sont conviés à regarder des moines chartreux avec, à l'écran, de longues minutes qui s'enroulent sans aucun bruit, parole, ni musique... La caméra fixe une oreille, une main, de pauvres gestes, des arbres ; de temps en temps, cependant, le son d'une cloche, une prière, un plancher qui craque, des clarines, des chants d'oiseaux... quelques mots.
On savait que certains priaient pour nous. On ne savait pas forcément ce que cela voulait dire. Tout juste si l'on pensait que cela existe encore.
Qui aura supporté de regarder Arte ce soir, après les enfants, la cuisine, les courses, le travail, les mails, les téléphones, la radio, le métro, les embouteillages, toute cette frénésie de base qui fait nos vies ? Et qui juge qui en ne supportant pas ?
par EAp
publié dans :
mes-aphorismes
1
recommander
Internet c'est, sinon la fin des notables culturels, du moins celle de leur rôle de trompettistes exclusifs de la renommée. Le sérieux et la qualité d'un auteur ou d'une oeuvre ne sont plus ce que l'on garantit (parce qu'on est membre de telle Académie), mais ce qui résulte du nombre, puisque les moteurs de recherche classent d'abord par quantité. Et ces winners sont d'autant plus encensés qu'ils se sont justement imposés sans nos verts garants.
(cf. http://www.koreus.com/media/kamini-marly-gomont.html
à titre d'exemple imbattable et que personne ne me suspectera de colporter ici uniquement par goût).
Les célébrités issus de la blogosphère ne sont-elles pas ces gens sur qui les médias s'engagent prudemment pour ne plus jamais rater le moindre kamini, mais qui n'auraient, en d'autres temps, été au mieux que de pauvres auteurs à compte d'auteur (*) ?
C'est donc la fin de la médiation culturelle, la fin des animateurs, des éditeurs, des libraires... au profit du moi-mon-intuition-je-pense-que et du va-donc-voir-son-site. Devant ce magma, pour les sujets complexes, on se félicite d'avoir eu l'occasion de faire quelques études...
Personne d'ailleurs ne pleure de voir comme rabotés ces leaders d'opinion que leur morgue aurait dû étouffer, car au fait, m'auraient-ils publié ? Bien sûr que non ! Eh bien je me fais ce plaisir et cet honneur à moi-même. Na ! Et c'est gratuit.
---------------------------------------------
(*)Pour l'histoire de l'édition à compte d'auteur et ses "ACA" (auteurs à compte d'auteur), lire l'admirable analyse qui court dans les marges du roman Le Pendule de Foucault (Il pendolo di Foucault), Umberto Eco 1988. Si le reste de cet article est un peu brouillé, ce conseil au moins est clair : relisez Le Pendule de Foucault.
par EAp
publié dans :
mes-aphorismes
1
recommander
http://l-autofictif.over-blog.com/
A vous rendre jaloux : il faut y courir.
Exemple :
" J’ai croisé ce matin une paire d’enfants jumeaux habillés et coiffés de la même façon, j’en ai giflé un et l’autre depuis me suit partout en réclamant sa baffe. Eh bien, non, tu ne l’auras pas. Apprends, mon petit gars, que l’on est seul au monde."
par EAp
publié dans :
mes-aphorismes
0
recommander
Le matin, somnolant sur le journal et nez dans le café, j'assoie mes yeux sur la page "Disparitions" du Monde, égrenant des portraits et des photos d'archive d'hommes qui ont pu être médiatiques un jour. Je les détache et les conserve parfois, Foucault, Baudrillard, Ginette Mathiot, je suis éclectique comme on voit, pour garder trace de la date ou d'une biographie dont je ne savais pas tout. Ensuite vient le Carnet où sont présents aussi des anonymes et qui m'inspire d'autres sentiments, des plus ordinaires aux plus troubles ou stupides : "je n'y suis pas", "quand y serai-je ?", "que mettra-t-on pour annoncer que je ne suis plus ?", "personne que je connaisse", "mon âge celui-ci", "bien jeune celle-là", "en voici un que j'avais croisé".
Ce matin je pensais qu'un jour viendra où ce seront des noms de gens que je connaissais, de condisciples (en classe, en fac), et que j'y éprouverai le plaisir tordu de reconnaître quelqu'un entrelardé de l'affreuse vérité que c'est bientôt mon tour...
Somnoler en petit-déjeunant ne me vaut rien.
par EAp
publié dans :
mes-aphorismes
1
recommander
J'ai dit ma compassion pour les clochards des villes et certains, qui se gaussent, savent ma réticence corrélative à l'endroit des terrasses chauffées des cafés en hiver. To be honest, quand j'en vois une, j'espère secrètement une ruée de pauvres frigorifiés sous les parasols chauffants, le happening où cette terrasse deviendrait dortoir.
En attendant, j'évite autant que faire se peut la station sous ces parasols, comme on se contraint pour éviter de fauter avec, depuis peu, davantage de difficulté car, sinon, où fumer entre amis ?
Tout ceci pour expliquer pourquoi la lecture d'un article récent du Monde
(http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3238,36-969297@51-965902,0.html)
a attiré mon regard. Pub pour les fabricants, sans doute. En tout cas, il n'y a point de critique, pas la moindre distance dans cette présentation de la croissance spectaculaire des ventes de parasols chauffants ; les citadins les réclameraient, paraît-il, pour meubler leurs balcons et leurs terrasses et ce ne serait d'ailleurs pas sans relation avec l'interdiction de fumer, qui gagnerait donc les maisons.
Moi, avec l'entêtement des mules, je pense à mes "sans domicile fixe" : au lieu de flairer que l'on doit être bien heureux, au chaud, dans les demeures, ils jaugeront bientôt, simplement en levant la tête, que le bonheur y est si grand qu'il en est même offert aux alouettes...
Et tant pis si vous vous gaussez.
par EAp
publié dans :
mes-aphorismes
0
recommander