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Mardi 28 août 2007

 

On trouve chez je ne sais plus quel philosophe de l’Antiquité la douloureuse nostalgie des oranges de sa jeunesse, d’un goût et d’une qualité désormais disparus… Voici de quoi faire sourire et modérer les ardeurs des déclinologues (l’autre nom des vieux, pour parler clair). Malgré tout, je livre mon regret que le papier d’emballage de nombreuses plaques de beurre industriel ne soit plus ce qu’il était : finie la souplesse d’antan, de cet assemblage de papier et d’aluminium qui permettait de faire épouser au papier toutes les formes que nos coups de couteau pouvaient avoir fait prendre à la motte. Voici venu le temps d’un papier " synthétique " en apparence semblable et semblablement souple mais plus définitivement rétif aux formes du morceau que cheveu en épi au pli demandé !

Bienheureux ceux dont les regrets portent sur d’aussi futiles sujets et qui n’ont rien de pire à pleurer ? Bien entendu… mais vous lisez ici des minimalia. Et aussi : suivez cette intuition qui me dit que cette minuscule affaire n’est qu’un exemple des souplesses infinies dont progressivement nous nous voyons privés ; vous devinez avec quelle inquiétude je vérifie périodiquement si le chocolat se trouve toujours couvert de ce fragile papier doré qui m’a offert tant de fêtes, ces heures passées à le lisser, le plier, le déplier en prenant soin de ne pas le fissurer.

par Them publié dans : mes-aphorismes
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Lundi 23 juillet 2007

  Il a attendu plusieurs semaines que cesse sa souffrance. Il savait qu'elle souffrait. Il le voyait dans ce regard muet, gonflé d'amour, il le lisait sur cette bouche qui ne parlait plus depuis si longtemps.  il voulait même un moment l'aider à finir. Comme en hommage.

"C'est qu'on n'est plus à un jour près, lorsqu'on a tant vécu", se disait-il.

Mais bien sûr il a attendu près d'elle, et pour elle, leur délivrance. Sa mère enfin s'en est allée.

Apaisé, il peut maintenant contempler la barque de la vie, déborder de tendresse et penser à cette douce mère enfuie qui emporte son amour mais tout autant le lui confie ; il est joyeux de lui avoir donné si longtemps les baisers dont rien ne lui disait qu'ils étaient reçus, qu'il donnait, donnait et donnait encore.

Il sait qu'elle repose en paix.


 

Elle attend, depuis tant d'années qu'elle ne sait plus les compter, que cesse sa souffrance. Elle lui vient des mots durs, aiguisés comme dagues, sans cesse jaillissants, sans cesse repoussés en vain, qu'éructe interminablement sa mère. Elle s'en est éloignée mais la distance ne la protège pas : sa mère est seulement si loin maintenant que ce possessif la terrifie ; alors, elle dit "la mère" en désignant sa mère.
Parfois, elle aussi voudrait presque l'aider à finir, ce que nul ne doit faire : elle attendra donc sa délivrance, ce jour où enfin elle pourra contempler la vie, sourire aux passants, oublier mère qui lui a appris qu'il n'est ni bon ni naturel d'aimer, d'embrasser et d'accueillir la vie, de danser sur les flots, de rire aux éclats, de se tromper, d'hésiter, d'être fragile. Mais elle sait que la douceur lui manquera et craint que la paix ne lui soit interdite. Sa mère ne reposera pas en paix, elle-même ne connaitra pas l'art de la joie et attendra encore et encore sa délivrance.


par EAp publié dans : mes-aphorismes
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Vendredi 20 juillet 2007

En musardant sur les chaînes de télévision, on peut faire des découvertes stupéfiantes ; à preuve ce petit bout de documentaire sur la chaîne parlementaire (dont je ne me lasse pas, pour tout dire) consacré à "l'addiction" télévisuelle ; au-delà de portraits d'accros de l'écran dont on ne sait s'ils font frissonner d'horreur ou consternent par leur époustouflante bêtise et par leur insondable pauvreté, le docu permettait d'entendre un charmant garçonnet répondre à la question posée en voix off : "qu'est-ce qui te fait pleurer quand tu regardes la TV ?". La réponse était d'une évidence qu'il nous appartiendrait de méditer : "je pleure lorsque je vois mourir des chiens". Devant l'étonnement de la voix off ("mais ne pleures-tu donc pas quand ce sont des hommes qui meurent ?"), le petit expliquait combien il aimait les animaux, surtout les chiens, et pourquoi il ne pouvait pas ressentir la même chose avec les morts d'homme, si fréquentes qu'il n'est même plus possible de se les représenter (enfin, disons qu'il pensait cela dans ses mots d'enfant).

Et quand il s'est agi de donner un exemple, l'enfant a cité l'écroulement du World Trade Center, un certain 11 septembre. Ce môme a fondu en larmes devant les images de l'attentat, lorsqu'il y a vu un chien mourir...

par EAp publié dans : mes-aphorismes
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Samedi 23 juin 2007
Naguère, la France partait en vacances, juilletistes ou aoûtiens selon affinités, décisions patronales ou statut social. Elle allait "loin", voiture bardée de valises bringuebalant sur des routes assoiffées. Elle allait loin : les parisiens gagnaient le Sud, bondaient les plages et dormaient dans des cages à lapins ; la France rentrait règlementairement ravie un mois plus tard et attendait ensuite sagement l'année suivante. Loin pouvait être très proche à l'aune de nos distances actuelles. Pour Bordeaux, qui s'était installé au Cap Ferret était allé au bout du monde, et rentrer chez soi était comme débarquer de brousse. Aujourd'hui, la France habite partout et de Paris peut dans la journée gagner Marseille, y travailler, voir une calanque, se baigner même et retourner, certes fatigué par l'ultime trajet de métro, dormir enfin dans les bruits de la ville capitale.
Banalités. Certes.
Mais toutefois : où sont logées les vacances dans un espace à ce point restreint que le temps même y est aboli ? Toujours plus "loin" ? Aux Maldives, à l'île Maurice, au fin fond du Kenya ? Inutile d'y fuir en vérité... avec le portable, le lien demeure, l'internet abolit les derniers interstices de no man's land. L'humanité devenue très grand nomade (comme on devient très grand voyageur) est immobile. Partout en même temps, elle n'est nulle part.
Mais telle est de ce fait la bonne nouvelle ! Partir en vraies vacances sans perdre une minute, et tous les jours, c'est possible ! Se débrancher, oublier son téléphone mobile et entreprendre l'ascension de quelque rue de sa ville, nez au vent, yeux écarquillés sur les fauves et (avec un rien de chance) une flore attrayante. Deux petites heures. Au retour, la certitude d'avoir fait si long voyage ravit éminemment, comparée à la déception si souvent éprouvée en descendant d'un train.
La SNCF, les tour-operators, les chantiers de Saint-Nazaire ne vont pas m'adorer...
Mais tant d'autres !
par EAp publié dans : mes-aphorismes
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Samedi 16 juin 2007
Après deux jours de séminaire professionnel, épuisants (bien qu'à la plage qu'il est impossible de voir et où il n'est pas loisible de se rendre), vous ne pensez plus. Déjà, bien avant le départ, vous êtes occupé (certains considérant que le séminaire joue le rôle de vacances, parce qu'il est en des lieux enchanteurs, sic ! vous redoublez d'ardeur pour faire oublier votre prétendue chance d'y être convié...) et n'avez pas du tout le temps de penser. "Et voilà pourquoi votre fille est muette".
A bientôt (car je mens, le train m'a inspiré quelques réflexions que je livrerai sous peu).
par Them publié dans : mes-aphorismes
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Vendredi 15 juin 2007
Il est assis sur un petit pliant de plage, barbe en broussaille, casquette américaine, lunettes de presbyte. Il lit quelque revue. En face de lui, le kiosque à journaux très fréquenté d'où peuvent sortir ses bienfaiteurs éventuels. S'ils sont habitués, ils l'ont vu, comme moi, vieillir, apporter un jour ce petit siège plus approprié aux raideurs de son corps que ne l'était le rebord de vitrine de la Hune où il a longtemps trôné. Il lit, relève la tête au moindre va-et-vient du côté du kiosque. Haut-bas-haut-bas-haut-bas... le visage tic-taque tel coucou dans son logis suisse... Comme coucou encore ses paroles, à chaque fois redites, haut parle et bas se tait, haut bonjour monsieur madame, n'auriez vous pas deux ou trois euros, au revoir, merci et bonne fin de journée, bas je lis, haut bonjour... Mais je traduis ce qui ressemblait bien plutôt à "jour damessieurs, vez pas detrois ros, voirci bofind'j'née" si vite dit et redit qu'il ne sait plus qu'il dit, qu'il ne voit plus qu'il voit, qu'il n'insulte plus qui ignore sa demande. Il ne lit pas, ne parle pas, ne regarde personne : il bouge, mécanique. Et comme tous le connaissent, il semble là, faisant son travail, tout le jour, consciencieux et comme heureux, dispensé de songer à sa misère, reconnu.
par EAp publié dans : mes-aphorismes
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Jeudi 7 juin 2007
Loin de moi l'idée de rivaliser avec certains exceptionnels talents du Canard Enchaîné pour repérer les tendances du moment (en fait de perception de la "couleur du temps" du politique). Quand même : l'Empire nous guette, et Rome n'est jamais loin dans les imaginaires quand un Empire se devine. Rome-le latin-Corneille : l'association est facile pour ceux dont l'âge permet (hélas ?) qu'ils aient fait leurs humanités et qu'ils aient chanté "j'en ai marre - marabout - bout-de-ficelle - selle-de-cheval..." dans leurs cours de récréation.
Comme c'est mon cas, il ne vous étonnera pas que j'aie entendu avec amusement que les combats électoraux actuels opposent des voraces et des coriaces. J'ai d'autant mieux ri que je n'avais pas, loin de là, la certitude que ceux qui "qualifiaient" ainsi ces combats avaient (eussent) eux-mêmes conscience de cet écho.
Notre source de qualificatifs contemporains ne se limite en rien à Rome, qui compte finalement assez peu. Elle jaillit bien davantage des media (d'ailleurs Empire dans l'Empire ou nouvelle Eglise...) ; voyez cette qualification entendue pour "notre monarque, notre prince" comme dirait Olivier Duhamel, en forme de mot-valise : Starkozy.
C'est moins déférent (quoi que...). Est-ce pour autant moins juste ?
par EAp publié dans : mes-aphorismes
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