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Mercredi 18 avril 2007

L'excellente Marthe Robert a montré brillamment comment le "roman des origines" est à "l'origine du roman". Il est deux formes à ce roman des origines ; car, jeune enfant, si l'on ne se croit bâtard on se "sait" abandonné. Et cela console de pères ou mères chiches d'amour, et fait ensuite aussi la fortune des romanciers.

Vous pensez si l'article du correspondant à Tokyo du quotidien Le Monde du 9 avril dernier intitulé "Un hôpital japonais ouvre une "poste aux bébés" abandonnés" a dû attirer l'oeil !

Ce papier explique comment et pourquoi l'hôpital Jikei de Kumamoto a décidé de mettre à la disposition de la population ce que les media ont appelé "poste aux bébés" mais qu'on appelle aussi "berceau des cigognes", "babyklappe" (boite à bébés en Allemagne), et qui a été un temps le"tour d'abandon" des hôpitaux.

Par parenthèse, ces "tours d'abandon" inventés en Italie,  pour mettre fin aux pêches de cadavres de nouveau-nés dans le Tibre, à l'initiative du pape Innocent III, se composent "d'un cylindre en bois, convexe d'un côté, concave de l'autre, qui tourne sur lui-même avec une grande facilité. Celui des deux côtés qui est convexe fait face à la rue, l'autre s'ouvre dans l'intérieur d'un appartement. Au plus léger effort, le cylindre vient présenter au dehors son côté vide, reçoit l'enfant qu'on y place et l'apporte doucement dans l'intérieur de l'hospice en achevant son évolution". On pouvait ensuite appuyer sur une petite sonnette et se retirer en toute discrétion. Sous X... 

Plus intéressant sans doute, et au-delà de l'empathie que suscite immédiatement l'abandon de bébés, dans cet article fascine la preuve de la permanence des jugements et positions ; pour ou contre l'initiative de l'hôpital nippon, je retrouve ce qui se disait déjà aux siècles passés, comme si rien ni personne ne pouvait changer.

Ainsi dit-on (presque) que l'opération est coûteuse ; de même que la suppression des tours d'abandon résulte de la charge excessive qu'ils faisaient peser sur la commune et son hôpital et que leur réouverture n'a été due qu'à l'accroissement consécutif du nombre de très jeunes enfants ou de nouveaux-nés trouvés morts dans des conditions visiblement atroces, de même, le Premier ministre japonais vient de déclarer qu'il est "personnellement réticent à un tel système" et que "le gouvernement ne permettra pas qu'il devienne la norme" ; mais quand un Premier ministre est "personnellement réticent", les considérations budgétaires ne sont jamais très loin ! Et sa réticence est facilitée par le fait que les femmes ont le choix de l'avortement (280 000 avortements annuels au Japon). C'est le choix que, précisément, l'hôpital Jikei, établissement catholique, entend "diversifier".

Ainsi aussi le fait que l'initiative résulte, selon l'hôpital, de l'augmentation des abandons d'enfants, dont celui d'un nourrisson trouvé dans les toilettes publiques, eux-mêmes conséquence d'une défaillance de l'assistance sociale.

Les historiens des tours d'abandon de leur côté précisent que "les pères et mères que la misère ou d'autres motifs déterminent à abandonner leurs enfants, choisissent les ténèbres de la nuit pour accomplir cet acte dénaturé. Ils les transportent et les délaissent dans les carrefours, dans les allées, parmi les décombres des démolitions, le plus souvent sur le banc de pierre placé à la porte même de l'hospice (la Charité).
" Ces enfants sont exposés à tous les accidents, aux intempéries et aux dangers de l'obscurité des nuits. Ils peuvent mourir de froid, être heurtés, foulés aux pieds par les passants, dévorés même par les chiens...
".

Et nous voici plongés dans les hésitations conceptuelles : parents dénaturés contre parents désemparés, cruauté ou amour, responsabilité sociale et responsabilité individuelle... Rien de nouveau sous le soleil, à l'heure où fait rage, sans la moindre ride, le vieux combat entre l'inné et l'acquis, le chômage volontaire ou involontaire et, en somme, sur la signification de la liberté des hommes.

Me vient (sans qu'il y ait de réel rapport avec ce qui précède) la pensée que notre pays est peut-être ingouvernable en raison du choix de sa devise (puisque le sens même des mots qui la forgent est incertain, et qu'il n'est aucune réponse politique univoque et universellement admise pour garantir liberté, égalité et fraternité aux hommes). Plus sérieusement, je soupçonne que nous avons opté pour cette devise tant elle est le reflet de nos hésitations à accepter le joug politique ; c'est qu'avec elle pour viatique, le champ des palabres possibles et des postures se trouve être infini. On adore !

par EAp publié dans : mes-aphorismes
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Mardi 17 avril 2007

Les collections "pour les nuls" et autres "antimanuels" poussent comme chiendent en ces temps de démocratisation de la culture ; en prennent pour leur grade tous ceux qui des années (des millénaires !) durant ont fait de la confiscation du savoir leur pouvoir.

Et c'est bien là probablement la cause du succès de ces collections ; quelque angoisse de savoir ou savoir-faire qui me prenne, il existe un manuel qui me promet de me conduire au savoir en partant du  zéro que je suis. Plus un seul rayon de librairie qui n'ait son "...pour les nuls", 3ds max 5, religion, opéra, patinage, philosophie, jardinage, menuiserie, méditation de poche ou astrophysique... La collection s'étend quasi tous les jours et se hisse dans les domaines les plus pointus pour m'en offrir la compréhension si je la souhaite, alors que dominus non sum dignus...

Et voilà nos doctes déboulonnés de leur piedestal, et nous voilà pourvus des moyens de les égaler. Non tous, non en tout, mais assurément en cette façon bien suffisante pour refuser de leur accorder en une génuflexion éperdue le pouvoir qu'ils recherchent.

La collection des "antimanuels" a les mêmes intentions d'une autre façon, que d'ailleurs je préfère. J'ai vu passer ceux d'économie, de droit et de médecine, de philosophie, d'éducation sexuelle ou de marketing. Que disent tous ces ouvrages ? Que les rois sont nus. Ils complètent les enjeux de l'internet, qui sont fondamentalement moraux : celui qui souhaite savoir le peut, même si celui qui accepte d'être un gogo le sera aisément.

Tenez, pour conclure, cet extrait de l'Ethique de Spinoza (appendice à la première partie) : "C’est pourquoi quiconque cherche les véritables causes des miracles, et s’efforce de comprendre les choses naturelles en philosophe, au lieu de les admirer en homme stupide, est tenu aussitôt pour hérétique et pour impie, et proclamé tel par les hommes que le vulgaire adore comme les interprètes de la nature et de Dieu. Ils savent bien, en effet, que l’ignorance une fois disparue ferait disparaître l’étonnement, c’est-à-dire l’unique base de tous leurs arguments, l’unique appui de leur autorité."

 

par EAp publié dans : mes-aphorismes
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Mardi 17 avril 2007

Je ne parlerai pas campagne , je ne parlerai pas campagne... , je n'en parlerai pas... MAIS...

Quelques petites choses :

- la chaîne de télévision préférée des français à 70 % au moins serait Arte, dont la part de marché est de 3 % : cherchez l'erreur ;

- la campagne use : qui ne voit que les candidats sont devenus des moulins à parole et pensent à autre chose tout en dévidant leurs boniments bien rôdés désormais. Cela ne joue en la faveur de personne, surtout si comme il est probable les électeurs se détermineront sur la personnalité de tel ou tel ;

- la campagne nous use (mais je l'ai déjà dit ; cf. "Rien") ;

- les arguments avancés reflètent ce que les candidats ont pu capter des "désirs des gens" ; ils n'ont aucune importance (les candidats ne passent pas l'ENA et ne tiendront pas leurs promesses...) mais illustrent l'état (de pensée) de la France : une énorme pédagogie de la modernité reste à faire (par exemple, où sont passées les "droite" et "gauche" qui feignent encore d'exister parce que les gens y croient ?) ;

- l'envie de changement se heurte à l'immobilisme prévisible ; je l'ai déjà dit ; faut-il s'en désoler ? Moins certain. Lisez le chercheur américain Mike Davis et vous verrez ce que valent les mouvements de barre violents - souvent demandés par le FMI - ; ils produisent des hordes innombrables de gens jetés à la rue... en théorie pour le temps de l'ajustement structurel, en pratique toute leur vie à eux qui n'attendent pas. Voici le titre : Le pire des mondes possibles (sous-titré : "de l'explosion urbaine au bidonville global"). Il montre que "pour mortels et dangereux qu’ils soient, les bidonvilles ont devant eux un avenir resplendissant. " Un milliard de personnes les habitent, qui mettent en péril leur vie dans des zones dangereuses, instables ou polluées. On ne savait pas que Dickens, Zola ou Gorki étaient des auteurs de science fiction cauchemardesque ; de fait, bien des années après, le tiers monde est advenu qui se révèle bien pire que ce qu'ils avaient décrit. Et ce tiers monde galopant est à nos portes (Sofia, par exemple) même si Lagos ou Manille en demeurent le paradigme. Et ceux qui, comme moi, ne se font d'illusions ni sur la résurrection, ni sur l'éventualité de prochaines vies, doivent pleurer ces condamnés à une vie et  une mort qui auront été "dictées entièrement par des enjeux d'argent et de pouvoir", comme le dit Marc Peschanski, chercheur, biologiste et ...soutien d'Arlette ! (oh, pardon, cela m'a échappé).

 

par EAp publié dans : mes-aphorismes
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Vendredi 13 avril 2007

Non, non je ne suis pas dans l'obsession des questions de sommeil et de réveil, quoique ! Ces sujets après tout ne sont pas dénués d'intérêt social ("sociétal" comme ils disent). C'est le hasard qui me fait les croiser en ce moment...

Il faut imaginer la sieste. C'est le repli sur soi, pour quelques minutes, comme tous les paysans savaient faire autrefois qui couchaient la tête sur leurs bras croisés après le déjeuner, c'est cette fierté du mexicain sous son chapeau, cette bandoulière du corse forcément, ce plaisir d'un moment volé aux téléphones, ces sommeils post prandiaux ou pourquoi pas post crapuleux. Chacun sait ses délices.

Mais sait-on qu'elle est aussi l'objet d'âpres débats d'experts qui s'interrogent :  la recommande-t-on ? en fait-on un style de vie ? le droit du travail va-t-il, peut-il, doit-il la rendre obligatoire ? Et d'abord qu'est-ce que c'est précisément ? A partir de ce moment-là, une séance entre spécialistes et experts de plus de trois heures est facile à concevoir... J'en reviens (j'y étais dans le rôle du naïf) avec la conviction que la sieste est un sujet idéal de thèse tant c'est compliqué, et que l'Académie se proposerait volontiers de multiplier les lieux de consultation - remboursée par la sécurité sociale - qui permettraient de diagnostiquer si les enfants dorment suffisamment, et de repérer les symptômes qui convaincraient leurs parents de les sortir de la télé le soir etc. etc.

Ô manes de Jules Romains et du bon docteur Knock, ô (surtout) manes de Descartes (le bon sens n'est vraiment  plus du tout la chose du monde la mieux partagée !)

 

par EAp publié dans : mes-aphorismes
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Mercredi 11 avril 2007

Anne ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir ? On attend, nul ne sait, sinon qu'il y a des rumeurs. Rien de nouveau sous le soleil en somme.

On attend quoi ? La fin de l'attente, la ruée sur les Champs Elysées ou à la Bastille du début mai. On est certes un peu dégrisé, à l'approche de l'échéance ; on attend mais on glisse doucement vers son camp de toujours, ou on calcule le calcul des autres, tel le boursicoteur,  pour arrêter le sien. La France attend. Les gens s'ennuient ; ils guêtent l'argument qui les poussera hors de leur indécision collective, dans le flot incessant d'analyses et d'éructations. Ce n'est même pas une fête.

Rien ne se passe.

Seul le désenchantement est là : commencent à fleurir les listes de ministrables, se devinent les tractations pour la constitution des cabinets, le recommencement, l'éternel retour du même qui permettra d'avancer ahannant, jusqu'à...

Rien ne se passera.

Décevant ? rassurant ? La révolution n'aura pas lieu. La réforme non plus. Le pays avancera, se réformera, se modernisera, se dégradera, c'est tout. Comme avant. Comme toujours. Très lentement, très sûrement, poussé par des forces irrépressibles. 

"La France", c'est comme le français (la langue) qui avance, se réforme, se modernise, se dégrade, depuis longtemps, depuis toujours. Personne n'en est responsable. Et il est, de générations en générations, méconnaissable... Penchés sur son cas, le Cassandre pleure, le poète est ravi, ou se raidit pour le sauver... Un petit détail limite toutefois la comparaison : peu de moulinets promettant la remise sur pied de ce qui marche sur la tête (l'oubli du subjonctif, par exemple...), peu de héraults annonçant l'action d'éclat qui la sauvera (seulement une petite loi constitutionnelle pour en faire la langue de la République...), peu de promesses de lendemains qui chantent pour la langue française (sauf dans les cercles de la francophonie cependant...).  Et la différence est cruelle ; n'est-il pas ?  Car allons jusqu'au bout  de cette comparaison car demain, ils vivront de la République, ceux qui promettent aujourd'hui malgré leur impuissance.

Evidemment vous objectez que l'homme politique peut agir. Ah bon ? J'ai donc le blues aujourd'hui.

 

 

par EAp publié dans : mes-aphorismes
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Samedi 7 avril 2007
Philips commercialise un réveil qui m'émerveille. Il s'appelle "Eveil lumière" et, si j'ai bien compris, est le bonheur intégral pour le modeste montant de 119 euros. J'ai cru danser de joie en découvrant ce truc-là ! Ce réveil est en fait une lampe de chevet, avec radio intégrée, qui s'allume à - 30 mn et dont la lumière s'intensifie lentement jusqu'à éclairer violemment la pièce à l'heure dite. "400 lux". Je ne sais pas ce que sont des "lux" mais je soupçonne un bon 400 W de torture... Sur l'emballage, pourtant, il est précisé qu'alors "la lumière atteint vos yeux et provoque votre réveil et la production d'hormones de l'énergie". Moyennant quoi, "vous commencez votre journée en pleine forme". Un logo prétendant représenter l'autorité médicale (une croix, comme si souvent) précise que le produit bénéficie de la reconnaissance de la faculté pour ses vertus. Voilà qui peut ravir : où a-t-on vu des industriels fabriquer en série des objets sans qu'il existe de marché pour les vendre, et des commerçants les mettre en monstrueuses piles dans leurs gondoles sans certitude d'attirer le chaland ? Est-ce donc qu'innombrables seraient ceux qui, comme moi, ne peuvent entendre même une radio volontairement déréglée qui crache et hurle un épouvantable son brouillé, le tonnerre qui gronde ou cinq réveils consécutifs... et qui sont prêts à croire n'importe quel guérisseur pour sortir de ce cauchemar ? Tels sont ainsi les bénéfices du jour : rien ne me réveille, MAIS 1/ il n'y a pas que moi, 2/ je n'achèterai pas l'éveil lumière (je ne serai pas le gogo des hormones de l'énergie, j'ai gagné 119 euros) et, 3/ jusqu'à présent, ...je gagne moi-même le concours d'idées que j'ai lancé. Qui déniche mieux ? A vos fouilles ! Trouvez-moi une machine à claques programmable par exemple ! Après l'ouie et la vue, il reste l'odorat, le toucher et le goût, que diable ! Toutefois est naturellement hors concours la suggestion délicieuse du réveil tendre par qui a préparé le café : il est rappelé que le concours d'idées n'est pas un concours Lépine et qu'il ne porte que sur des machines qui se trouvent dans le commerce. Dommage, car Wallace et Groomit sont d'excellents inventeurs de machines à réveiller, lever, faire petit-déjeuner, habiller et expulser dans la rue dès potron-minet... Mais leurs machines ne sont que des prototypes, hélas !
par EAp publié dans : mes-aphorismes
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Vendredi 6 avril 2007
Dans la cathédrale d'Annecy, le confessionnal de M. le Chanoine s'appelle "pénitentier" ; même si l'inscription trahit un louable souci esthétique, j'ai éprouvé comme un froid dans le dos pour tous ceux qui sont passés là morts de peur, quand le pouvoir religieux sur les esprits battait son plein.
par EAp publié dans : Choses vues
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