Mardi 13 mai 2008
Chacun a pu voir dans nos campagnes de délicieuses églises romanes au milieu d'un espace qu'on imagine avoir un jour été habité mais qui est désormais désert... De là, la ville (la
civilisation ?) paraît loin, très loin... Personne, et rien, si ce n'est une représentation de la paix enfuie. Ces mêmes campagnes offrent aussi au regard attentif quelques traces d'un passé
moins ancien, telle cette carcasse d'autocar qu'on dirait prise dans un processus de digestion, lente, paisible, infinie mais certaine et tenace : ce quinquagénaire sera, devenu centenaire ou
plus, probablement lové dans les racines des arbres voisins, entrelardé de ronces et végétalisé (si j'ose dire).
J'aime ce bus "empaillé", rongé de rouille et bucolique. Momentanément étable, il est le juste retour des choses après toutes ces têtes de cerf que nos grands-parents et les générations
qui les ont précédés ont accrochées aux murs de leurs salles à manger, il est comme une oeuvre d'art déchu décorant le paysage, il est comme la trace d'une folie humaine évanouie, il est la
promesse écologique en cours de réalisation tranquille.
En le voyant je me suis soudain figuré qu'il donnait une version arcadienne de la fin du monde ; décrite dans La route, cette fin est, comme ici, dans un quasi désert parsemé d'objets
devenus sans objet mais tout y est si noir, si gluant, si violent, que j'en tremble encore.