Ce matin j'entends parler du momentum, à tout bout de champ, à propos des résultats du "super tuesday". Contrairement à ce que je pensais, momentum, en anglais (si l'on
peut dire), n'évoque pas le moment et le temps, mais le mouvement, l'élan. C'est la "quantité de mouvement" des physiciens qui, avec l'accélération, sur un plan incliné, fait boule de neige (en
février c'est normal).
C'est, par métaphore, l'élan ou la victoire qui vole au secours de la victoire.
Et moi qui croyais que les commentateurs américains attribuaient sa victoire à celui (celle) qui avait pu le mieux saisir le "kairos" (moment opportun) ! Que nenni ! Ne confondez
pas le kairos et le momentum !
Aux yeux de mes spécialistes des élections, les candidats dansent avec leurs électeurs, leur promettent un temps-qui-vient aux couleurs de leurs rêves mais ne songent pas du tout à s'emparer
du "kairos"... Les candidats sont boules qui roulent et, momentum aidant, amassent plus ou moins. Un élan les pousse, d'autant plus fort qu'il a déjà été confirmé dans la
primaire précédente, d'autant plus appuyé qu'il a déjà réussi...
Décidément, le Nouveau Monde raisonne (compte) en poids et mesure, en mouvement, en accumulation, en richesse ; d'ailleurs on n'y prête qu'aux riches et la victoire y va à la
victoire. Le moment opportun, mon intraduisible kairos grec sont vraiment enracinés dans notre très vieille Europe. J'aurais dû m'en douter. Mais voici qu'aussitôt je me
demande qui connaît encore ici le kairos (et Aristote...) et quel rôle il conserve dans la vie publique.
My God !
Aucun commentaire pour cet article