Avant (quand ?) il était possible de faire flotter un mouchoir, un foulard, quelque chose, penché à la fenêtre et souriant, tandis que le train doucement partait. Maintenant, il n'est plus
periculoso sporghersi, la bulle vous enserre, le train s'est fait avion, la famille (et d'ailleurs ceci a-t-il encore quelque réalité ?) ne crie plus ses au-revoirs ventés, éplorés,
chaleureux et je me love aussitôt dans mon monde, j'oublie mes parents mes amis avant même que le train ne s'élance, ipod dans les oreilles, partant vers moi que je ne retrouve pas, de ne m'être
jamais quitté, quittant les autres que je n'avais d'ailleurs jamais rejoints. Aller prendre l'air ? Luxe évanoui.
On raconte que nous, hommes modernes, sommes désormais nomades d'être porteurs d'objets nomades. Attali a d'ailleurs raconté cette étonnante (r)évolution et souligné ses avantages (Lignes
d'horizon, 1990). Mais j'ai comme un doute : ne sommes nous pas plutôt immobilisés, l'oeil vaguement conscient que passe au loin le film du monde qui fuit, derrière l'épisode 25 de la saison
1 de "Desperate house wifes" que je dévore ?
C'était un hommage catastrophé à l'Adolfo Bioy Casares de L'invention de Morel.