Je suis myope. Ceci explique une toute petite partie de ce qui va suivre.
J'aperçois ce matin, d'assez loin, un homme, sihouette longiligne, élégant, vêtu de noir, un petit bout de col blanc affleurant seulement au niveau de son cou, un air sage, comme attentif, qui
fume discrètement une cigarette. Aussitôt me voilà l'imaginant curé. Pas parce qu'il fume, bien entendu, mais à cause de ce petit col blanc qui émerge et que je prends (myopie aidant)
pour le col traditionnel du prêtre... L'instant d'après, j'écarte vivement l'hypothèse : ce ne peut pas être un curé, puisqu'il fume ! Pourquoi les curés ne fumeraient-ils pas ? Parce
que c'est mal ? Mais est-ce mal de fumer ? C'est seulement interdit (presque partout), par la loi ! Je raisonne donc comme un pied...
Quoique.
Les curés, même prémunis par leurs études, confondent sans doute comme tout le monde ces deux sources d'obligation (la loi, la morale)... Et d'ailleurs, me dis-je, n'ont-ils pas un
intérêt à cette confusion ? Car enfin, si je me mets un instant à leur place, si (!) j'étais curé, sachant que pour être curé on n'en est pas moins homme, ce serait bon de transgresser
de temps en temps une règle, on en connaît qui en transgressent (régulièrement) d'autrement impérieuses, surtout que, à snober une réglette comme celle-là, que risquerais-je ? Quand même pas
l'enfer éternel !
Au total, je m'embrouille, je ne sais plus si ma dénégation spontanée (ce ne peut pas être un curé) est vraie ou fausse. Il faudrait une enquête pour connaître la proportion de curés
fumeurs ; sauf que, pour trouver un échantillon représentatif (et encore), il faudrait une enquête exhaustive ; mais la rigueur scientifique est coûteuse. Et l'affaire ne vaudrait pas la dépense.
Et c'est ainsi (il n'était que temps) que j'ai franchi le seuil de ma demeure professionnelle, où personne ne peut imaginer quelles idées j'ai agitées sur le chemin. C'est heureux pour ma
réputation non ?
Par Them
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