Mon chat est tatillon. Il défend son périmètre avec une méticulosité qui m'ébahit ; selon que je suis sur "mon territoire" ou sur "le sien" (mettons que je partage usuellement l'oreiller avec lui) je reçois douceur et ronrons ou coups de griffes, gestes de la séduction ou coups de semonce.

C'est au centimètre près, maintenant que la négociation sur la frontière est ancienne, bien figée, et qu'il est vieillissant.
A considérer la chose de plus près cette nuit, et après un nouveau moment délicieux de séduction ronron, je m'aperçois que le maudit chat est vieillissant certes, mais toujours attentif ; la paix entre nous n'est pour lui qu'armistice temporaire et très peu sacralisé : l'abominable hypocrite grignote les centimètres carrés.
Me vient l'envie de faire le lien avec ce portrait de l'entrepreneur en "prédateur" décrit par l'économiste que je lisais hier soir. Ce rapprochement qui assigne au cerveau "reptilien" l'aptitude aux affaires du chevalier d'industrie me plait bien (supposé que "reptilien" existe toujours pour décrire les couches les plus primitives de l'activité mentale : car comment donner au chat un cerveau d'importance ?). Il dit qu'il n'y a vraiment pas de quoi diviniser le chevalier, comme les poètes l'ont de longue date noté. Mais quelque chose me dit qu'il est souhaitable de le rappeler par ces temps d'admiration béate des fortunes marchandes !