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Mercredi 3 octobre 2007

Je rentre d'une escapade en Avignon. Dans le train, je gagne ma place, non sans la légère tension que procure le fait de savoir que le train est complet, ce qui garantit forcément des jambes durablement coincées, des conversations forcément intempestives et les criailleries des enfants forcément chagrins, tous ces petits empêchements qui font durer le voyage plus longtemps qu'il ne dure...

Et l'affaire s'engage aussi mal que possible, puisque "ma" place est en plus occupée (pourtant, d'un coup d'oeil, je l'avais trouvée plaisante, ma place) ; son occupant me propose de l'échanger avec la sienne, ce qui m'oblige à traverser plusieurs wagons car j'ai la courtoisie de ne pas refuser.

Me voilà donc longeant les rangées, et atterrissant sur un siège, qui-n'est-pas-dans-le-sens-de-la-marche grrr..., où je fais face à une femme assez laide qui s'acharne à dormir, les jambes incrustées dans l'espace prévu pour les miennes.

A côté de moi, un jeune abruti tripotant interminablement les manettes de son jeu vidéo, écouteurs rivés aux oreilles, fait face à un homme bien quelconque dont le visage est peint aux couleurs du drapeau français, joue droite et joue gauche. D'ailleurs la moitié du train lui ressemble.

Car le train est complet de ramener à Paris les spectateurs d'un match, et c'est la coupe du monde de rugby. Ce voyage confirme qu'il est candidat sérieux au palmarès des petites catastrophes de ma vie.

Quelques moments plus tard, le spectateur du match et moi engageons la conversation, et je ne peux pas vous dire qui l'a commencée. Paris l'a arrêtée.

C'est que j'ai vu tout en causant disparaître d'abord les peintures guerrières, doucement frottées pour effacer la honte de s'être ainsi fardé, puis apparaître un élégant sourire dans un visage subtilement pétri d'humanité et de finesse ; nous avons échangé sur son plaisir de s'être laissé entraîner à jouer les supporteurs sans raison assignable, lui qui ne connait rien au rugby ; d'ailleurs, il n'a pas compris (moi non plus) pourquoi la France ne pourrait au mieux que terminer en troisième position... Nous sommes rapidement partis vers d'autres rives, celles de sa vie, de cet ailleurs quotidien qu'est l'architecture où il jouit d'un nom (que je ne vous livre pas, bien entendu) et à laquelle il donne sans compter.

Ou bien le train est magique ou bien il est divin (cf. La cigarette, le train et la grâce, ici-même le 29/08/2007). Sinon quoi ? Et vive le rugby.


par EAp publié dans : mes-aphorismes
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