Flanant dimanche, j'ai aperçu une femme en tablier qui, ayant recouvert sa couche d'un couvre-lit fleuri, vérifiait, debout, les mains sur les hanches, si son linge était bien rangé, si les porte-manteaux étaient bien accrochés, si les boites étaient bien en ordre. Un petit détail toutefois : tout ceci se faisait dans la rue, sur le trottoir et contre le mur d'un immeuble, au milieu de passants comme moi indifférents.
Et que dire de cette autre femme, aperçue quelques mois auparavant, qui appliquait ces mêmes gestes minutieux du ménage à son matelas et à son coin de trottoir, mais sous un crachin épais ?
Qu'ai je vu ? J'ai vu quelque chose qui m'a semblé pire que le dortoir improvisé en ce moment rue de la Banque, ce coloré et paisible foutoir militant de sans-abri, entrelacs de turbans, de boubous et d'enfants morveux et rieurs, j'ai vu de pauvres êtres produire des gestes de propreté absurdes, j'ai vu la solitude, j'ai vu la douleur sombre ajoutée au malheur posé sur des yeux vides.
(J'ai posté l'année dernière sur mon blog un dessin évoquant une scène très proche de celle que vous décrivez...)