Le matin, somnolant sur le journal et nez dans le café, j'assoie mes yeux sur la page "Disparitions" du Monde, égrenant des portraits et des photos d'archive d'hommes qui ont pu être médiatiques un jour. Je les détache et les conserve parfois, Foucault, Baudrillard, Ginette Mathiot, je suis éclectique comme on voit, pour garder trace de la date ou d'une biographie dont je ne savais pas tout. Ensuite vient le Carnet où sont présents aussi des anonymes et qui m'inspire d'autres sentiments, des plus ordinaires aux plus troubles ou stupides : "je n'y suis pas", "quand y serai-je ?", "que mettra-t-on pour annoncer que je ne suis plus ?", "personne que je connaisse", "mon âge celui-ci", "bien jeune celle-là", "en voici un que j'avais croisé".
Ce matin je pensais qu'un jour viendra où ce seront des noms de gens que je connaissais, de condisciples (en classe, en fac), et que j'y éprouverai le plaisir tordu de reconnaître quelqu'un entrelardé de l'affreuse vérité que c'est bientôt mon tour...
Somnoler en petit-déjeunant ne me vaut rien.