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Mardi 20 novembre 2007
Pendant que les habitants de la France marchent interminablement vers un train ou un métro introuvables, font chauffer leurs inutiles moteurs sur des routes suffoquées, sont privés de service des impôts ou de médecins urgentistes, pendant que le Bangladesh s'effondre sous les souffrances les plus primitives, toits envolés, choléra et famine qui rôdent, comment et pourquoi parler d'autre chose et oser des minimalia ?

Peut-être parce que tout le monde y va de son commentaire et parce que tous les commentaires sont vains, sûrement parce que les vidéos qui nous sont abondamment montrées ne peuvent pas être au-dessus de tout soupçon, fleurant trop l'appel aux dons pour les dernières et la doctrine (soyez pour, soyez contre, inquiétez-vous, rassurez-vous) pour les premières : corps vociférants, lassitude des visages, gestes d'exaspération, pleurs formidables, soutiens fervents, tout sonne comme images et semble égalisé par l'écran TV à la publicité qui l'encadre. Sont-elles de commande, ces images ? Nul ne sait, du moins  d'emblée, mais qu'importe ?

« Quand je me sais photographié, je me transforme en image... » disait Roland Barthes en 1957 dans Mythologies.

Et aussi parce que, en face de telles images, chacun cherche d'abord in petto comment se caler (ce que j'en "pense", ce que cela me fait, comment je réponds aux inconvénients induits dans ma vie, le profit que j'en retirerai) et de fait ne pense pas. Moi comme les autres d'ailleurs. Mais au moins suis-je de nouveau bien dans mon fauteuil, isn't it ?

Parfois, je puise dans l'actualité la certitude que ce "ne-pas-en-parler", "n'en pas rajouter dans la niaiserie et la futilité", est diablement fondé ; voyez la rue de la Banque à laquelle j'ai fait allusion ("Je ne m'habitue pas !", ici même, le 8 octobre dernier) et sur laquelle j'ai pris parti (ô bien discrètement, c'est vrai) : quelques semaines plus tard, les observateurs ne savent toujours pas s'il faut plaindre et secourir les dormeurs du trottoir ou blâmer ceux qui les instrumentent quand ils ne les adornent pas - je désigne ici les people qui s'y pressent et tendent une main à la générosité convaincue mais incertaine - au risque de préparer, en toute inconscience, le must des rendez-vous du moment.



Sinon que faire ? Help !
par EAp publié dans : mes-aphorismes
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