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Mardi 25 décembre 2007
Autour de moi, ce ne sont que “ Aviez-vous lu Gracq ” ?
Euh, oui. Du moins Un beau ténébreux, Au château d'Argol, Le rivage des Syrthes, Un balcon en forêt, La forme d’une ville. Mais...
Ces textes ne m'ont laissé aucun souvenir ! Seulement celui d'une magnifique phrase... mais pas la moindre trace de métamorphose en moi, rien qui ait construit ma vie, aucune dette à son endroit, alors que tant d'autres écrivains, bien moins visionnaires, m'ont donné à voir.
 
Pourtant je me souviens.

Ce tenace goût de randonnées dans les Ardennes, cette certitude que la distinction habite leur forêt alors que “la côte” n’est que vulgarité, c’est Gracq. Et ce n'est assurément qu'un exemple. Le verbe s'est fait chair, la trace est là, la mémoire aussi, dans les replis des désirs du corps.

La dernière "actualité" de Gracq me l'apprend à nouveau : Gracq, c'est "le rythme même des saisons sylvestres, c’est l’accumulation subtile de petits détails exacts, de notations précises sur la vie naturelle, les arbres, les journées en forêt.", notait Claude Roy à propos d'Un balcon en forêt dans Libération au moment de sa parution (1958).

La distinction, c'était Gracq, pas les Ardennes. Bien informée d'ailleurs, la plume de
Nicolas Sarkozy a salué d'un communiqué la mort du grand homme le 23 décembre, auteur "lucide et visionnaire", homme "qui a cultivé au plus haut point les valeurs de la distinction et de la discrétion".

L'hommage (involontaire ou impudent) que le vice rend à la vertu ?

 

 
 
par Them publié dans : mes-aphorismes
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